Un café avec Christophe à côté du manège de la place Général de Gaulle, sous le soleil et le vent qui décoiffe, UnGroupeQuiMarche au coeur de notre conversation matinale.
Il part au bureau, je pars en repérage, en quête d’inspirations.
J’enjambe quelques rues piétonnes jusqu’à la rue de Rome, je traverse les voies du tram, une nouvelle fois saisie par le changement radical d’ambiance. Echoppes de paniers, d’étoffes colorées, de faitouts et d’épices, jusqu’au marché des Capucins que les bouquets de coriandre embaument. Emportée, je ralentis le pas, Marseille multiple m’emporte à chaque traversée.
Nouveau chevauchement de frontières invisibles en traversant le cours Lieutaud face au lycée Thiers, ambiance potaches, papotages nonchalants de petits groupes d’étudiants.
Grimpant le cours Julien assez peu fréquenté à cette heure-ci, je pense à vous!
Vous qui allez bientôt marcher avec nous… j’ai hâte de vous rencontrer, vous faire goûter la saveur des expériences que nous avons concoctées avec passion, hâte d’accueillir vos sensations, vos manières d’y participer et de les rendre riches. Ecouter vos remarques éclairantes aussi!
Ce qui me fait avancer? Au coeur de l’expérience de la vie, la précieuse richesse des instants partagés, les choses simples qui surprennent et transforment. L’attention au corps relié à l’environnement dans lequel il avance pas à pas, tonifie la saveur de l’instant présent. J’ai une conviction, le seul endroit dans lequel je me sente complètement en sécurité, c’est mon corps vivant à l’instant présent, nourri de l’émerveillement de ce qui est là. S’y attarder ensemble ouvre à de nouvelles permissions, ainsi qu’à la liberté d’être soi.
La Plaine, une salade en terrasse sur la place abritée du vent par ses bâtiments clairs. Le ciel d’un somptueux est bleu profond. J’écoute les conversations qui m’entourent, un instant je pénètre dans des mondes divers, à distance, invisible témoin. Humains, nous partageons des espaces, des maisons, des entreprises, des villes et des plages, plus ou moins proches les uns des autres. J’aime le jeu des distances. Une danse au coeur de laquelle chacun cherche sa place et son équilibre. Chacun vit sa propre météo des humeurs variables, et ses réactions paradoxales au coeur du chaos que les évènements et les émotions engendrent.
Comment s’écouter, s’entendre, collaborer, respecter nos vivifiantes divergences? Comment aimer, comment dialoguer avec nos enfants, nos parents, nos partenaires amoureux et nos amis? Avancer ensemble se construit pas à pas, chacun avec soi-même autant que en miroir avec l’Autre!
Je me remets en marche, je glisse dans une rue tranquille en direction du nord, apaisement.
Des artisans travaillent en musique, fenêtres ouvertes, au premier étage. Devant la porte, des vélos équipés de sièges d’enfants, j’imagine une famille qui s’installe, le bazar des travaux, des jeux des enfants et du linge à plier, les odeurs de peintures soit-disant inodores mêlées aux odeurs de cuisine.
Je pénètre dans l’église St-Michel, elle est vide. Mes pas me ramènent vers le haut de la Canebière. La blancheur des tours de l’église des Réformés s’élève longue et fière. Elle imprime son ombre sur l’immeuble insolite qui lui fait face.
J’ai besoin d’une ligne droite et dégagée, je choisis le boulevard Longchamp et ses façades cossues au calcaire clair.
Au fond de la scène, le palais monumental dont le style baroque m’attire aujourd’hui d’une manière particulière. La sculpture des quatre boeufs qui amenèrent la Durance à Marseille, de la montagne à la mer, me décale à une époque où le temps s’écoulait différemment. Je m’assois sur les marches, je ferme les yeux. A côté, deux hommes se parlent, inspirés par ce lieu. Ils ne se connaissent pas, après avoir parlé de Marseille, ils commencent à se raconter…leurs lieux d’habitation, puis leur vie. Moment suspendu, émouvant, qui termine en beauté le patchwork de ma journée nez au vent!
Christine Sainglas
