En cette fin d’après-midi, le ciel est assez nuageux, d’un beau gris lumineux. A l’horizon, le soleil descend sur la mer colorant une large frise orangée. Sur le toit de la cité radieuse, je fais des photos. Je contemple la coupole du stade vélodrome, un engin interplanétaire qui aurait atterri dans la ville. Un homme m’aborde, entre deux âges, style sédentaire empâté. Il allume une cigarette.
– Il n’y a plus rien à découvrir dans cette ville !
– Ah bon? dis-je avec un sourire étonné.
– Je suis réalisateur, j’ai 15 jours pour tourner à Marseille, je viens d’arriver et ça m’ennuie déjà!
Alors que je tente d’en savoir un peu plus sur son sujet, il persiste :
– Il n’y a plus rien d’intéressant en France, les sujets originaux sont en Indonésie, aux émirats.
Tournée vers la mer, je cadre et j’appuie sur le déclencheur. Il semble chercher quelque chose en me demandant ce qui me plaît ici.
– La lumière qui renouvelle les couleurs de la mer et du béton plusieurs fois par jour! Je vis ici, j’arpente rues et calanques régulièrement, et je les découvre toujours avec émotion, Waoouuuhhh! »
– Vous ne vous ennuyez pas ici ?
Je commence à comprendre ce qu’il veut dire.
– Imaginez ! Si vous vous leviez chaque matin en vous disant que vous êtes vivant, qu’aujourd’hui est un jour nouveau que vous n’allez pas le laisser passer sans faire une découverte ? Avez-vous déjà marché à 7h30 jusqu’à la boulangerie au coin de la rue ? Peu importe, allez-y comme si c’était la première fois, les sens en alerte, le corps en éveil, je suis certaine que vous découvrirez quelque chose! Levez les yeux, scrutez le ciel, les balcons et ce qu’ils contiennent, les lumières aux fenêtres, dites bonjour au balayeur…Même si vous découvrez que marcher vous fait horriblement mal au genou, cela peut se montrer capital pour la suite !
Je lui souris, il se tait.
– Vous pourriez aussi regarder votre femme et vos enfants comme si vous les découvriez après une longue absence et qu’ils aient plein de choses à vous apprendre !
Sa cigarette est consumée au bout de ses doigts. Immobile, il me fixe quelques instants avant de s’éloigner en lâchant avec une pointe d’étonnement :
– Je vous envie finalement ! Peut-être que je devrais entendre que je ne vois plus très clair !
Christine Sainglas
